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"L'INDÉPENDANCE DU KOSOVO NE PEUT QUE FAIRE JURISPRUDENCE"
Dans une tribune publiée dans l'édition de février 2011 de Nouvelles d'Arménie Magazine, Roland BLUM s'élève en faveur du droit de la République du Haut-Karabagh à vivre en paix et en sécurité au côté de la République d'Arménie sans avoir à souffrir les menaces permanentes d'un Azerbaïdjan soutenu par la Turquie. Dénonçant l'instrumentalisation par celle-ci des protocoles de Zurich, le Député-Premier Adjoint se porte garant de l'amitié qui lie Erevan et Stepanakert à la France, amitié que cette dernière fera tout pour défendre face aux prétentions d'Ankara et Bakou et à leur volonté de jeter aux orties les principes de Madrid, pourtant reconnus par la communauté internationale et seuls à même de garantir la stabilité de toute la Ciscaucasie...

 

"Tous ceux qui me connaissent bien savent que parmi tous les sujets auxquels j’ai eu l’occasion de m’intéresser grâce à la politique, celui de l’Arménie a toujours tenu une place à part. Député et Premier Adjoint au Maire de Marseille, je suis l’élu de l’une des villes qui comptent le plus de descendants de la diaspora arménienne en Europe. Au fil des années, j’ai appris à connaître des hommes et des femmes à la fois citoyens français exemplaires et héritiers d’une culture florissante et unique dont la chute du rideau de fer m’a permis de visiter le berceau à une douzaine de reprises. Malheureusement, ce pays demeure aujourd’hui victime d’une injustice héritée du siècle dernier. Le lecteur aura compris qu’il s’agit de la question lancinante du Haut-Karabagh. Après plus de vingt ans de guerre et d’enlisement diplomatique, une solution semblait pourtant proche grâce aux protocoles signés en 2009 par l’Arménie et la Turquie à Zurich, qui prévoyaient notamment l’ouverture de leur frontière commune. Il n’en a cependant rien été, pour des motifs que m’a permis d’éclairer mon dernier voyage sur place, il y a un an, lors de l’élaboration d’un rapport d’information sur la situation dans le Caucase du Sud pour la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.


La Turquie sait en effet parfaitement que l’ouverture de sa frontière est économiquement vitale pour l’Arménie, et tente donc de lui extorquer un règlement au rabais de la question du Haut-Karabagh. Comment croire qu’un tel sujet n’a pas été abordé lors des négociations de Zurich ? C’est l’honneur de l’Arménie que de placer sous sa protection une terre arménienne peuplée d’Arméniens, et de se faire la porte-parole de cette vérité simple : l’Artsakh n’appartiendra plus jamais à l’Azerbaïdjan. L’acharnement des Azerbaïdjanais n’a malheureusement d’égal que la duplicité des Turcs : si Ankara a accepté de se rapprocher d’Erevan pour être bien vue de l’Europe, son soutien réaffirmé à l’Azerbaïdjan a révélé son hypocrisie. Or l’Arménie ne reculera jamais sur l’application des principes de Madrid, sur lesquels elle et l’Azerbaïdjan s’étaient accordés et qui constituent la base des négociations menées sous l’égide du Groupe de Minsk de l’OSCE.


L'issue de ces négociations ne saurait faire de doute : l’indépendance du Kosovo ne peut que faire jurisprudence. Forte d’un socle démocratique parfaitement stable et d’une économie viable malgré la crise, la République du Haut-Karabagh dispose d’une légitimité retrempée dans le sang versé pour sa naissance. En réalité, la seule hypothèque concessible aux ennemis de l’Artsakh est celle qu’ils font eux-mêmes peser dessus, symbolisée par l’explosion du budget militaire de l’Azerbaïdjan. Comment Erevan et Stepanakert pourraient-elle ne pas renforcer leurs moyens de défense ? Bakou n’abuse personne en affirmant qu’Erevan veut la guerre, car c’est bel et bien l’Azerbaïdjan qui impose à l’Arménie une course aux armements qui menace de déstabiliser toute la région.


Or l’Artsakh sait pouvoir compter sur la solidarité de l’Arménie comme sur le soutien inestimable de la diaspora arménienne. L’intention du Président Sarkissian de reconnaître la République du Haut-Karabagh en cas d’agression de la part de Bakou n’est qu’un nouveau signe du lien fraternel qui unit les deux pays face au militarisme revanchard de l’Azerbaïdjan. Les Arméniens n’hésiteront pas à reprendre les armes pour défendre leur liberté et leur indépendance si celles-ci venaient à être directement menacées.


Trop de sang a cependant déjà coulé. La multiplication des escarmouches à la frontière montre l’urgent de résoudre le conflit. Sur ce chemin tortueux, l’Arménie et l’Artsakh peuvent compter sur l’amitié et le soutien indéfectibles de la France. En déclarant le 1er décembre 2010 lors du Sommet de l’OSCE à Astana que les propositions émises au G8 par les Présidents Sarkozy, Medvedev et Obama en faveur des principes de Madrid formaient un ensemble indivisible, le Premier Ministre Fillon a confirmé la vigueur de l’engagement de la France en faveur d’une solution juste et durable au conflit du Haut-Karabagh. En cette année où elle présidera à la fois le G8 et le G20, la France mettra au sein du Groupe de Minsk toute son influence au service des idéaux de justice et de paix qu’elle partage avec l’Arménie et l’Artsakh.


Comme l’a rappelé le Président Sahakian lors de ses vœux de Nouvel An, l’année 2011 marquera les vingt ans de l’indépendance de l’Artsakh. Faisons en sorte que cette année ne soit pas une simple année de commémoration. L’Histoire doit enfin achever de suivre son cours et permettre au peuple de l’Artsakh de vivre en paix et en sécurité au sein de frontières unanimement reconnues. Tous les Arméniens savent pouvoir compter sur le soutien inflexible de la France, et je veux ici leur écrire qu’ils peuvent de même, comme depuis vingt-cinq ans, compter sur mon engagement, celui d’un ami fidèle qui a fait de leur cause la sienne et se battra pour elle comme telle."


Roland BLUM

Député des Bouches-du-Rhône

Premier Adjoint au Maire de Marseille

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