RELATER LE FAIT OU RELATER L’ECUME ?
Gabriel Lévy
7 juin 2008.
Relater un fait ou seulement son commentaire, tel paraît être le dilemme de la presse française.
Le fait :
Dans
un arrêt du 21 mai 2008, la Cour d’Appel de Paris a relaxé M. Karsenty,
accusé de diffamation envers France 2 et M. Enderlin, au sujet de la
controverse née de la mort, ou de la prétendue mort, de l’enfant Al
Dura au carrefour de Nazarim (Israël) le 30 septembre 2000.
Pour
former ce jugement de 13 pages, la Cour a examiné les nombreux
témoignages qui justifiaient le bien fondé de la démarche de M.
Karsenty : rechercher la vérité.
La presse a été muette, à quelques exceptions près (Libération, le lendemain et Le Monde, 4 jours plus tard).
L’écume :
En
revanche, le Nouvel Observateur publie une liste de soutien à M.
Enderlin, largement signalée par d’autres parutions. Elle est signée,
entre autres, par 17 journalistes de l’hebdomadaire qui en a pris
l’initiative et par 12 journalistes des chaînes publiques, la
télévision publique France 2 étant le co-auteur du recours perdu.
Les
plaignants déboutés ont formé un appel en cassation. A ce stade, il
n’est pas inutile de souligner - avec force - qu’il s’agit d’un
établissement financé en partie par la contribution de nos concitoyens,
et qu'en conséquence, ces derniers ont le droit d’être parfaitement
informés des faits, comme des raisons de cette ardeur procédurière
coûteuse.
Les prétentions des signataires de la pétition :
Pour ces derniers : « l’arrêt les surprend, car il accorde la même crédibilité à un journaliste connu… qu’à ses détracteurs ».
La notoriété serait-elle synonyme d’infaillibilité ? Un juge, lui, n’y
prétend pas, mais il examine sérieusement les faits qui lui sont
soumis. Or, le journaliste « connu pour le sérieux et la rigueur de son travail »,
n’avait pris aucune part au recueil des images diffusées, il n’était
pas sur place et il admet une foi sans limite à un caméraman
palestinien, qui pouvait ne pas être objectif. Dans des conditions
semblables, l’agence Reuters avait été obligée de reconnaître une
manipulation de son photographe pour des clichés de Beyrouth en flammes
(1)
Cet arrêt les « surprend,
car il laisse entendre qu’il existerait désormais à l’encontre des
journalistes une « permission de diffamer qui permettrait à chacun, au
nom de la « bonne foi », du « droit de libre critique » et de la
« liberté d’expression » de porter atteinte impunément « à l’honneur et
à la réputation des professionnels de l’information ».
Résumons :
1°) Les journalistes disent le droit canon. Ils sont donc infaillibles.
Pourtant,
pour ces signataires ou pour leur organe de presse, les erreurs
reconnues, ainsi que les commentaires anéantis par la suite des
événements, ne sont pas rares de… Phnom Penh à Timisoara. (2-3-4).
Les
médecins sont responsables civilement de leurs erreurs, et
pénalement de leur fautes. A notre connaissance, les journalistes
subissent un traitement plus favorable. Combien de journalistes ont-ils
été condamnés par des tribunaux pour diffusion de fausses nouvelles ?
2°) Selon eux, nous n’aurions pas le droit de rechercher la vérité et
de comprendre la raison pour laquelle ils peuvent taire, ou au
contraire, diffuser une information, l’amoindrir ou l’amplifier, voire
la déformer (5).
2- « Phnom Penh. La ville est libérée ». Le Monde du 10 avril 1975.
5- « Désinformer : volonté, soumission ou carence ? » Gabriel Lévy. Atlantis Intitute. 2 novembre 2006.